Stérilisation de nos Chatons

 Pourquoi nos chatons partent stérilisés


La stérilisation des chatons avant leur départ fait partie des choix que nous avons faits depuis quelques années dans notre élevage. Tous nos chatons destinés à la compagnie rejoignent donc leur nouvelle famille stérilisés.

Cette décision suscite parfois des questions. Elle suscite aussi, il faut bien le reconnaître, quelques tentatives de négociation.

Certains adoptants souhaiteraient garder leur chat entier « juste pour avoir une portée ». D'autres pensent qu'il serait dommage de ne jamais lui permettre de se reproduire. Certains invoquent des convictions personnelles, parfois même religieuses.

Au fil des années, nous avons entendu beaucoup de raisons différentes. Mais elles conduisent toutes à la même question : pourquoi laisser entier un chat qui n'est pas destiné à la reproduction ?

Chaton Thaï lilac point stérilisé avant son départ

Nos chatons destinés à la compagnie sont stérilisés avant leur départ dans leur nouvelle famille.


Juste une portée 

C'est probablement l'argument le plus fréquent.

Une portée, une seule. Pour garder un petit, pour faire plaisir aux enfants, parce que la chatte est magnifique ou simplement pour connaître l'expérience d'une naissance.

Présentée ainsi, la démarche paraît parfaitement anodine.

Elle ne l'est pas.

Une portée représente plusieurs nouveaux chats auxquels il faudra trouver une famille. Rien ne garantit ensuite que ces chats seront eux-mêmes stérilisés. Quelques années et quelques générations suffisent pour qu'une seule portée « pour le plaisir » soit à l'origine de dizaines de descendants.

Contrairement à une croyance encore tenace, une chatte n'a par ailleurs aucun besoin d'avoir une portée avant d'être stérilisée. 

Nous projetons parfois sur les animaux des raisonnements profondément humains qui n'ont tout simplement pas de sens pour eux.

Ce que voient les associations sur le terrain

Une de mes amies est photographe animalière professionnelle et également très engagée dans la protection animale. Elle consacre une partie considérable de son temps à trapper des chats et des chatons vivant dehors.

Et ce qu'elle rencontre sur le terrain est toujours la conséquence du même mécanisme : des animaux non stérilisés qui se reproduisent.

Des femelles gestantes. Des portées nées dans des jardins, des granges ou des terrains abandonnés. Des chatons que personne n'avait réellement prévus. Des chats adultes que l'on nourrit quelque temps avant de découvrir qu'une femelle est arrivée avec quatre ou cinq petits supplémentaires.

Les associations doivent ensuite capturer ces animaux, les soigner, les identifier, les stériliser, sociabiliser les chatons lorsque cela est encore possible et leur trouver des familles.

Puis recommencer quelques semaines plus tard avec une nouvelle portée.

Il est facile de dénoncer l'abandon lorsqu'un animal est déposé devant la porte d'un refuge. Mais l'abandon commence parfois bien avant : lorsqu'on laisse naître des animaux sans avoir réfléchi à ce qu'ils deviendront.

D'où viennent réellement les animaux abandonnés ?

Sur ce sujet, les chiffres publiés par le Syndicat National des Professions du Chien et du Chat sont particulièrement intéressants.

En 2023, le SNPCC a publié dans sa revue professionnelle les résultats d'une vaste enquête réalisée à partir d'une opération menée par plus de 60 éleveurs professionnels et portant sur 54 races de chiens et de chats. Les données recueillies ont été croisées avec celles de l'I-CAD, du Centre National de Référence pour le Bien-Être Animal, du LOOF et de la Société Centrale Canine.

Le résultat bouscule quelque peu l'idée selon laquelle les élevages professionnels seraient les principaux pourvoyeurs des refuges.

Selon l'estimation présentée par le SNPCC, seulement 2,29 % des animaux abandonnés étudiés seraient issus de la filière professionnelle, soit 4 459 animaux.

Un autre chiffre est particulièrement révélateur.

Sur 194 397 animaux abandonnés recensés dans les données 2020 utilisées par l'étude, 167 536 n'étaient pas identifiés, soit 86,18 %.

Or l'identification d'un chien ou d'un chat est obligatoire avant sa cession.

Le SNPCC conclut du croisement de ces différentes données que les animaux abandonnés proviennent très majoritairement de la reproduction des particuliers et de ce qu'il qualifie de filière parallèle.

L'organisation professionnelle a d'ailleurs réaffirmé cette position depuis : lutter contre les abandons suppose d'abord de lutter contre les reproductions non maîtrisées.

Faire naître, c'est être responsable


Ces chiffres ne signifient évidemment pas qu'aucun animal provenant d'un élevage ne sera jamais abandonné. Cela arrive malheureusement.

Ils rappellent en revanche quelque chose d'essentiel, faire naître un animal crée une responsabilité.

Pour moi, cette responsabilité ne s'arrête pas le jour où le chaton quitte l'élevage.

Nous avons décidé de sa naissance. Nous avons choisi ses parents, étudié son pedigree, suivi sa gestation, assisté à sa naissance et pris soin de lui pendant ses premiers mois.

Nous devons donc également nous préoccuper de ce qu'il pourra lui-même engendrer après son départ.

C'est précisément là que se situe la différence entre un chat destiné à la compagnie et un chat destiné à un programme d'élevage.

Un reproducteur ne se choisit pas par hasard


Tous les chats de race ne devraient pas devenir reproducteurs simplement parce qu'ils possèdent un pedigree.

Un reproducteur est choisi pour ses qualités, sa santé, sa génétique, ses origines et surtout pour l'intérêt qu'il représente dans un programme de sélection.

Dans notre travail de préservation des lignées thaïlandaises, les cessions pour reproduction sont rares et réservées à des éleveurs professionnels dont le projet s'inscrit dans la continuité du nôtre.

Les autres chatons sont destinés à la compagnie et quittent notre élevage stérilisés.

Car compter sur une stérilisation qui devra être réalisée plus tard par l'adoptant n'offre aucune véritable garantie.

Et parfois, il ne s'agit même pas de mauvaise volonté.

Il suffit tout simplement… d'oublier.

Le jour où un adoptant avait simplement oublié 

Il y a quelques années, un adoptant m'appelle pour me donner des nouvelles de son jeune Thaï, alors âgé d'environ neuf mois. 

Tout va bien : le chat est adorable, les enfants sont ravis et toute la famille y est très attachée.

Au fil de la conversation, il me signale cependant que son chat miaule beaucoup. Rien de très inhabituel pour un Thaï, naturellement expressif et communicatif, sauf que depuis environ un mois les vocalises sont devenues incessantes, y compris la nuit. 

La famille vit en appartement, les voisins commencent à se plaindre et, faute de solution, il envisage même de devoir se séparer de son chat.

En cherchant ce qui pouvait expliquer ce changement soudain, je finis par lui demander si le jeune mâle a été castré comme convenu.

Il avait tout simplement oublié.

À neuf mois, le chat était arrivé à maturité sexuelle. Il a été castré et tout est rentré dans l'ordre.

Cette histoire m'est restée en mémoire. Un chat aimé, parfaitement intégré dans sa famille, avait failli la perdre non par malveillance ou négligence volontaire, mais par simple oubli.

Ce jour-là, j'ai compris les limites d'une stérilisation laissée à la charge des adoptants. On peut expliquer, conseiller et rappeler son importance, mais une fois le chaton parti, on ne maîtrise plus quand elle sera réalisée, ni même si elle le sera.

C'est aussi ce qui nous a conduite à faire stériliser nos chatons de compagnie avant leur départ.


Les comportements liés à la maturité sexuelle

On pense souvent à la stérilisation uniquement comme un moyen d'éviter une portée accidentelle.

C'est évidemment essentiel, mais ce n'est qu'une partie du problème.

Une femelle entière peut avoir des chaleurs particulièrement démonstratives : vocalises parfois très importantes, agitation, recherche du mâle et tentatives de sortie. Ces chaleurs peuvent revenir toutes les 2 semaines tant que la chatte n'est pas saillie ou stérilisée.

Le marquage urinaire est également loin d'être réservé aux mâles.

Mâles comme femelles peuvent marquer leur territoire lorsqu'ils atteignent la maturité sexuelle.

Chez le mâle entier, s'ajoutent la recherche des femelles, les vocalises sexuelles, les tentatives de fugue et, lorsqu'il rencontre d'autres chats, les risques de bagarres.

Tout cela est parfaitement naturel.

Un chat entier ne se comporte pas « mal ». Il se comporte simplement comme un animal sexuellement mature.

Mais des comportements parfaitement naturels pour un reproducteur peuvent devenir extrêmement difficiles à vivre dans une maison et plus encore dans un appartement.

C'est là tout le paradoxe : on hésite parfois à stériliser un animal parce qu'on trouve dommage de lui retirer sa capacité à se reproduire, puis on lui reproche quelques mois plus tard d'exprimer précisément les comportements liés à cette capacité.

La stérilisation avant le départ 

La stérilisation peut être pratiquée sur un jeune chat. Elle est utilisée depuis de nombreuses années notamment dans les élevages et les associations de protection animale.

Notre propre expérience est très positive.

Après avoir accompagné de nombreux chatons, nous constatons qu'un jeune chat récupère généralement très rapidement après l'intervention. Quelques heures plus tard, la plupart ont déjà retrouvé leur énergie, leur appétit et leur envie de jouer.

Bien entendu, l'intervention est réalisée par notre vétérinaire sur des chatons en bonne santé et dans des conditions adaptées à leur âge et à leur poids.

Elle est programmée avant leur départ.

Cela présente aussi un avantage très concret pour leurs futures familles : c'est nous qui prenons en charge l'intervention et la période de récupération.

Lorsque le chaton rejoint ses adoptants, tout cela est derrière lui.

Ils n'ont ni rendez-vous à organiser quelques mois plus tard, ni intervention à financer, ni convalescence à gérer.

Et surtout, il n'existe plus de « j'ai oublié ».

La prévention commence avant l'abandon


Nous admirons le travail accompli quotidiennement par les refuges, les associations et toutes les personnes qui capturent, soignent et replacent les animaux abandonnés.

Mais leur demander de réparer indéfiniment les conséquences de reproductions incontrôlées n'est pas une solution.

La véritable prévention intervient en amont.

Elle consiste à identifier les animaux, à stériliser ceux qui ne sont pas destinés à la reproduction et à réserver la reproduction à des projets réfléchis et responsables.

Nous sommes éleveurs. Nous faisons donc évidemment reproduire des chats.

Mais précisément parce que nous sommes éleveurs, nous considérons que la reproduction ne doit jamais être laissée au hasard.

Certains de nos chatons deviendront reproducteurs et participeront à la préservation des lignées auxquelles nous consacrons notre travail. Les autres auront une mission beaucoup plus simple, mais certainement pas moins importante : partager pendant de longues années la vie de leur famille.

Ceux-là partent stérilisés.

Non par défiance envers leurs futurs propriétaires, mais parce que nous considérons qu'un éleveur doit assumer la responsabilité des animaux qu'il choisit de faire naître.

Être responsable des naissances que nous choisissons, c'est aussi être responsable de celles que nous pouvons éviter.

Commentaires

Articles les plus consultés